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Guide · Construction · Hassan Hafidi

Contrat de construction : les 10 clauses à relire avant de signer.

Un litige de chantier se gagne ou se perd souvent le jour de la signature. Voici ce que votre contrat doit dire, clause par clause, et ce que la loi marocaine prévoit quand il se tait.

Publié le 30 octobre 2026 · Dernière mise à jour le 30 octobre 2026 · Par Hassan Hafidi

Réponse courte

Un contrat de construction doit au minimum fixer : l'objet et les documents contractuels, le prix et sa nature (forfait ou métré), un échéancier lié à l'avancement réel, le délai et le planning, les pénalités de retard, la procédure des travaux supplémentaires, les règles de sous-traitance, les exigences de qualité, la réception et les garanties, et les conditions de résiliation. Le Code des obligations et des contrats complète le contrat quand il est muet, mais rarement dans le sens que vous auriez souhaité.

Une main tient un stylo au-dessus d'un document posé sur une table en bois

Le cadre : un « louage d'ouvrage »

En droit marocain, le contrat par lequel une entreprise s'engage à construire est un louage d'ouvrage : « celui par lequel une personne s'engage à exécuter un ouvrage déterminé, moyennant un prix que l'autre partie s'engage à lui payer » (article 723 du Code des obligations et des contrats). Le contrat est parfait par le consentement des parties : rien n'oblige à l'écrire. Mais sans écrit, la preuve de ce qui a été convenu devient la première difficulté du moindre désaccord.

Les marchés publics de travaux obéissent à un cahier des clauses administratives générales (CCAG-T). Un particulier ou un promoteur n'y est pas soumis, mais ce cahier reste une référence utile pour structurer un contrat privé. Les dix clauses qui suivent sont celles que nous relisons en premier.

1. L'objet et les documents contractuels

Le contrat doit identifier précisément l'ouvrage (adresse, titre foncier, permis de construire) et lister les pièces qui le composent : plans, descriptif technique, devis quantitatif, planning, conditions particulières. Prévoyez un ordre de priorité entre ces documents : en cas de contradiction entre un plan et le descriptif, lequel l'emporte ? Sans cette clause, chaque incohérence devient une négociation.

2. Le prix et sa nature

Deux logiques s'opposent :

Écrivez clairement laquelle s'applique, ce qui est inclus (fournitures, transport, évacuation des déblais, nettoyage) et ce qui est exclu. C'est aussi ce qui permet de comparer deux devis à périmètre égal.

3. L'échéancier de paiement

Par défaut, « le payement du prix n'est dû qu'après l'accomplissement de l'ouvrage » ; lorsqu'il est calculé par fraction d'ouvrage, il est dû après l'accomplissement de chaque unité (article 775). Le contrat peut organiser autrement les paiements, et c'est en général le cas. Exigez :

Un paiement en avance sur l'avancement réel est la principale cause des pertes lors d'un abandon de chantier.

4. Le délai et le planning

Fixez une date de démarrage, un délai global et, idéalement, des jalons intermédiaires. Précisez les événements qui prolongent le délai (intempéries exceptionnelles, retard d'une décision du maître d'ouvrage, travaux supplémentaires commandés) et la façon de les constater par écrit. Un délai « indicatif » ne permet ni pénalité ni mise en demeure simple : lorsque le contrat fixe un terme, son seul dépassement suffit à constituer l'entreprise en demeure.

5. Les pénalités de retard

Les parties peuvent convenir à l'avance des dommages-intérêts dus en cas d'inexécution ou de retard. Le Code le prévoit expressément, et ajoute que le tribunal peut réduire ce montant s'il est excessif, ou l'augmenter s'il est minoré (article 264). Une pénalité utile est donc :

6. Les travaux supplémentaires et les avenants

C'est la clause qui fait déraper les budgets. Écrivez que aucun travail supplémentaire n'est payé sans ordre écrit préalable du maître d'ouvrage, précisant le contenu, le prix et l'effet sur le délai. Cette règle prolonge la logique de l'article 777 pour les prix forfaitaires, et elle évite le classique « vous l'aviez demandé sur le chantier ».

7. La sous-traitance

L'entreprise ne peut confier l'exécution à une autre personne lorsque la nature de l'ouvrage ou la convention montre que le maître d'ouvrage avait intérêt à ce qu'elle exécute elle-même (article 736). Elle répond du fait et de la faute des personnes qu'elle se substitue ou qu'elle emploie, comme de son propre fait (article 739), sous les réserves prévues par ce même article. Le contrat doit dire si la sous-traitance est permise, pour quels lots, et à quelle condition d'agrément préalable.

8. La qualité, les matériaux et le sol

Le descriptif doit fixer les références ou les niveaux de qualité des matériaux, la validation d'échantillons avant commande et les contrôles prévus (essais, laboratoire, bureau de contrôle). Le Code oblige l'entreprise à avertir immédiatement le maître d'ouvrage lorsque se révèlent, pendant l'exécution, des vices du sol ou des matières fournies de nature à compromettre l'ouvrage ; à défaut, elle répond du préjudice, sauf si ces vices ne pouvaient être connus d'un professionnel (article 765). Prévoyez la procédure : signalement écrit, constat, décision du maître d'ouvrage.

9. La réception, la retenue et les garanties

Le maître d'ouvrage est tenu de recevoir l'ouvrage conforme au contrat (article 774). Le contrat doit organiser cette réception : procès-verbal, réserves, délai de levée, réception provisoire puis définitive. Nous détaillons la méthode dans notre guide sur la réception des travaux.

Côté garanties, la loi impose la responsabilité des constructeurs en cas d'écroulement ou de danger évident d'écroulement (article 769), et toute clause qui limiterait ou écarterait la garantie de l'entreprise pour les défauts de son œuvre est nulle (article 772). Le reste doit être écrit : un délai de garantie après réception, sur le modèle des douze mois prévus par défaut par l'article 75 du CCAG-T pour les marchés publics, une retenue de garantie ou une caution, et, si vous l'exigez, une attestation d'assurance de responsabilité décennale. Voir ce que prévoit vraiment la loi sur la garantie décennale.

10. La résiliation et les litiges

Prévoyez les cas de résiliation (abandon, retard au-delà d'un seuil, défaut grave de qualité, défaut de paiement) et la procédure : mise en demeure écrite, délai pour remédier, constat. Le Code admet que, si les parties sont convenues que le contrat sera résolu en cas d'inexécution, la résolution s'opère de plein droit par le seul fait de l'inexécution (article 260). Ajoutez le sort des travaux déjà exécutés, du matériel et des matériaux sur place, et un mode de règlement des différends (médiation préalable, tribunal compétent).

S'inspirer du modèle public sans le copier

Le CCAG-T des marchés publics offre une structure éprouvée : réception provisoire puis définitive, délai de garantie, retenue de garantie, procédure écrite des ordres de service. Pour un marché privé, il est utile d'en reprendre la logique, mais pas de le recopier : certaines de ses règles supposent une administration maître d'ouvrage, des commissions et des délais propres à la commande publique. Mieux vaut un contrat privé court, adapté à votre projet et relu par votre avocat, qu'un document de cent pages que personne n'appliquera sur le chantier.

Les annexes qui font vraiment le contrat

Le corps du contrat tient souvent en quelques pages ; ce sont les annexes qui portent l'essentiel. Avant de signer, vérifiez qu'elles existent, qu'elles sont datées et paraphées, et qu'elles correspondent à la dernière version du projet :

Une annexe absente ou approximative est une zone de flou : c'est elle que l'on invoquera en cas de désaccord.

Les clauses à refuser

Avant de signer : la relecture en cinq questions

  1. Le périmètre est-il assez précis pour qu'un tiers puisse dire si un travail est inclus ou non ?
  2. Chaque paiement correspond-il à un avancement physique vérifiable ?
  3. Le retard a-t-il une conséquence chiffrée et applicable ?
  4. Un changement en cours de chantier passe-t-il obligatoirement par un écrit chiffré ?
  5. Savez-vous exactement ce qui se passe si l'entreprise s'arrête demain ?

Si l'une de ces réponses est « non », le contrat n'est pas prêt. Faites-le relire par votre avocat ; un Maître d'Ouvrage Délégué peut préparer le dossier technique et l'échéancier qui l'accompagnent.

Questions fréquentes

Un contrat de construction doit-il être écrit ?

Le louage d'ouvrage est parfait par le consentement des parties (article 723 du Code des obligations et des contrats), mais sans écrit, la preuve du prix, du délai et du périmètre devient très difficile. Un contrat écrit et ses pièces annexes sont indispensables.

L'entreprise peut-elle augmenter un prix forfaitaire ?

Selon l'article 777 du Code des obligations et des contrats, l'entrepreneur à prix fait d'après un plan ou un devis qu'il a établi ou accepté ne peut demander aucune augmentation, sauf si les dépenses ont augmenté du fait du maître d'ouvrage et que celui-ci a expressément autorisé ce surplus, et sous réserve des stipulations des parties.

Les pénalités de retard sont-elles toujours appliquées telles quelles ?

Pas nécessairement. L'article 264 permet au tribunal de réduire les dommages-intérêts convenus s'ils sont excessifs, ou de les augmenter s'ils sont minorés. Une pénalité raisonnable et plafonnée est plus efficace qu'une pénalité dissuasive mais disproportionnée.

Peut-on exclure la garantie de l'entreprise dans le contrat ?

Non pour les défauts de son œuvre : l'article 772 du Code des obligations et des contrats déclare nulle toute clause ayant pour objet de limiter ou d'écarter cette garantie.

Information générale : cet article aide à relire un contrat ; il ne remplace pas sa rédaction ou sa validation par un avocat.

Sources

  1. Dahir du 9 ramadan 1331 (12 août 1913) formant Code des obligations et des contrats, articles 260, 264, 723, 736, 739, 765, 769, 772, 774, 775 et 777, version consolidée du 18 mars 2021 publiée par le ministère de la Justice. adala.justice.gov.ma, consulté le 30 octobre 2026.
  2. Décret n° 2-14-394 approuvant le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux (B.O. n° 6470 du 2 juin 2016), article 75, applicable aux marchés publics et cité ici comme modèle. tgr.gov.ma, consulté le 30 octobre 2026.

Article rédigé par Hassan Hafidi, fondateur d'Expert Agencement. Octobre 2026.

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