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Guide · Construction · Hassan Hafidi

Chantier à l'arrêt ou abandonné : que faire, et dans quel ordre.

Quand l'entreprise ne revient plus, chaque initiative mal placée peut affaiblir vos recours. Voici la séquence qui protège le maître d'ouvrage, du premier jour à la reprise des travaux.

Publié le 30 octobre 2026 · Dernière mise à jour le 30 octobre 2026 · Par Hassan Hafidi

Réponse courte

Si l'entreprise a cessé le chantier : sécurisez le site sans détruire les preuves, faites dresser un état des lieux et un constat par un huissier de justice, envoyez une mise en demeure écrite fixant un délai raisonnable, puis, à défaut d'exécution, faites valoir vos droits (exécution forcée, résolution du contrat, dommages-intérêts) avec un avocat avant de confier la suite à une autre entreprise. Le Code des obligations et des contrats encadre chacune de ces étapes.

Structure de béton et d'acier inachevée, photographiée en noir et blanc

Arrêt temporaire ou abandon ?

Tous les arrêts de chantier ne se valent pas. Avant d'agir, qualifiez la situation, par écrit :

Relisez votre contrat : délai d'exécution, pénalités de retard, conditions de résiliation, échéancier de paiement. C'est lui qui fixe le cadre de tout ce qui suit. Si vous n'avez pas encore signé, notre article sur les clauses essentielles d'un contrat de construction vous évitera la plupart de ces situations.

Étape 1 : sécuriser le site sans effacer les preuves

Un chantier abandonné se dégrade vite : armatures qui rouillent, fouilles qui s'effondrent, matériaux volés, risque pour les passants. Les mesures conservatoires sont légitimes et nécessaires :

N'engagez pas encore une autre entreprise pour « continuer » : vous risqueriez de rendre impossible la preuve de l'état exact des travaux réalisés par la première.

Étape 2 : l'état des lieux et le constat

Tout recours repose sur une preuve de ce qui a été fait, de ce qui ne l'a pas été, et de la qualité de ce qui existe. Deux documents se complètent :

Rassemblez en parallèle le contrat, les plans, les ordres de service, les situations de travaux payées, les reçus, les échanges écrits et les messages. Ce dossier servira à votre avocat, à un éventuel expert, et à l'entreprise qui reprendra le chantier.

Étape 3 : la mise en demeure

Le Code des obligations et des contrats définit la demeure : « le débiteur est en demeure, lorsqu'il est en retard d'exécuter son obligation, en tout ou en partie, sans cause valable » (article 254). Si le contrat fixe une échéance, le seul dépassement du terme suffit à constituer l'entreprise en demeure (article 255). À défaut d'échéance, il faut une interpellation formelle qui exprime :

  1. la demande d'exécuter l'obligation dans un délai raisonnable ;
  2. la déclaration que, passé ce délai, le créancier se considérera comme dégagé.

Cette interpellation doit être faite par écrit ; elle peut résulter d'une lettre recommandée, d'un télégramme ou d'une citation en justice (article 255). Elle n'est pas requise lorsque le débiteur a formellement refusé d'exécuter ou lorsque l'exécution est devenue impossible (article 256). En pratique, une mise en demeure claire, envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception et préparée avec votre avocat, est presque toujours utile : elle fixe la date et le délai.

Étape 4 : les droits du maître d'ouvrage

Une fois l'entreprise en demeure, le Code ouvre plusieurs voies, que votre avocat combinera selon le contrat et les faits :

Deux limites à garder en tête : il n'y a pas de dommages-intérêts si l'entreprise prouve que l'inexécution provient d'une cause qui ne lui est pas imputable, comme la force majeure ou la demeure du maître d'ouvrage lui-même (article 268) ; et lorsque l'ouvrage a dû être interrompu pour une cause indépendante de la volonté des parties, l'entreprise a droit à être payée à proportion du travail accompli (article 776).

L'entreprise répond aussi de sa négligence, de son imprudence et de son impéritie (article 737), et du fait des personnes qu'elle emploie ou se substitue (article 739) : un sous-traitant qui a disparu ne l'exonère pas.

Étape 5 : bloquer les paiements, pas le dossier

Suspendez tout paiement non encore dû tant que la situation n'est pas clarifiée. Le Code prévoit que le prix n'est dû qu'après l'accomplissement de l'ouvrage, ou, lorsqu'il est calculé par fraction d'ouvrage, après l'accomplissement de chaque unité (article 775) : un paiement en avance sur l'avancement réel est votre principal risque dans ces situations.

Ne détruisez pas, ne retirez pas et ne réutilisez pas le matériel de l'entreprise sans accord écrit ou décision de justice. Faites établir par votre architecte ou votre MOD un décompte provisoire : travaux exécutés et acceptables, travaux à reprendre, sommes payées, solde éventuel.

Étape 6 : la reprise du chantier

La reprise est une nouvelle opération, avec ses propres risques. Elle se prépare :

  1. Diagnostic de l'existant par un bureau d'études : ce qui peut être conservé, ce qui doit être démoli ou repris, notamment pour la structure.
  2. Nouveau dossier de consultation : plans à jour, quantités restant à exécuter, état des lieux annexé. Une entreprise qui reprend un chantier doit savoir exactement ce dont elle hérite.
  3. Consultation de plusieurs entreprises et comparaison rigoureuse des offres (voir notre méthode pour comparer des devis).
  4. Contrat de reprise précisant la limite de responsabilité entre les ouvrages existants et les nouveaux.
  5. Calendrier administratif : vérifiez la validité du permis de construire et des autorisations en cours. Un permis dont les fondations avaient commencé dans l'année n'est pas périmé au sens de l'article 49 de la loi n° 12-90 ; mais une modification du projet peut nécessiter une nouvelle autorisation.

Les erreurs qui affaiblissent votre position

Les coûts à anticiper

Un abandon de chantier ne coûte pas seulement le montant des travaux restants. Prévoyez dans votre budget de reprise :

Chiffrer ces postes dès le départ aide à décider s'il vaut mieux négocier une sortie amiable avec l'entreprise défaillante ou engager une procédure. C'est une décision à prendre avec votre avocat, chiffres en main.

Ce qui évite d'en arriver là

Questions fréquentes

Que faire en premier quand l'entreprise abandonne le chantier ?

Sécuriser le site sans le modifier, rassembler les documents du marché, puis faire établir un état des lieux technique et un constat par un huissier de justice. Ce n'est qu'ensuite qu'on envoie une mise en demeure et qu'on prépare la suite avec un avocat.

La mise en demeure est-elle obligatoire ?

Si le contrat fixe une échéance, son dépassement suffit à constituer l'entreprise en demeure (article 255 du Code des obligations et des contrats). Sinon, une interpellation écrite fixant un délai raisonnable est nécessaire, sauf refus formel d'exécuter ou impossibilité (article 256). En pratique, une mise en demeure écrite est presque toujours utile.

Puis-je confier le chantier à une autre entreprise tout de suite ?

Il vaut mieux attendre que l'état des travaux soit constaté et que vos droits soient préservés. Le Code permet au créancier d'être autorisé à faire exécuter par un tiers aux dépens du débiteur (article 261), mais agir trop tôt peut rendre difficile la preuve de ce qu'avait réalisé la première entreprise.

Le juge peut-il modifier les pénalités de retard prévues au contrat ?

Oui. L'article 264 du Code des obligations et des contrats permet au tribunal de réduire le montant des dommages-intérêts convenus s'il est excessif, ou de l'augmenter s'il est minoré.

Information générale : cet article décrit une démarche et cite les textes à la date de consultation. Chaque situation dépend de votre contrat et des faits : consultez un avocat avant d'engager une procédure.

Sources

  1. Dahir du 9 ramadan 1331 (12 août 1913) formant Code des obligations et des contrats, articles 235, 254 à 256, 259 à 264, 268, 269, 737, 739, 775 et 776, version consolidée du 18 mars 2021 publiée par le ministère de la Justice. adala.justice.gov.ma, consulté le 30 octobre 2026.
  2. Loi n° 12-90 relative à l'urbanisme, article 49 (péremption du permis de construire). adala.justice.gov.ma, consulté le 30 octobre 2026.

Article rédigé par Hassan Hafidi, fondateur d'Expert Agencement. Octobre 2026.

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